Je sais que vous doutez de mes capacités de voyance.
C’est pas la peine de faire non de la tête ou de prendre cet air outré, je le sais, j’ai un don de naissance que j’ai hérité de ma mère qui l’a hérité de sa mère qui l’a hérité de sa mère qui l’a hérité de sa mère qui l’a hérité de sa mère. Alors je sais de quoi je parle. Et je sais que vous doutez de mes capacités de voyance.
Allez, comme je suis commerçante, je vous offre la première consultation. Comme ça, là, hop, gratuitement.
Je me conceeeeentre, et je vooooooiiiiiiiiiiiis....
Je vois, je vois...
Un séjour dans une contrée hostile....
Je vois, je vois...
De l’orthopédie dento-faciale...
Je vois, je vois...
Un immeuble peuplé de gens consanguins et illettrés...
Je vois, je vois...
L’optimisation d’un squelette par l’insertion de plugins ainsi qu’une mise à jour vers la version 2.0.8 de SPIP et la surcharge de la page sommaire, ceci sans compter les modifications apportées à la feuille de stylAAAAAAAAAAAAAARGH !
Pardon. C’est SPIP, il est hanté, il est même venu me rendre visite dans mes rêves ces trois dernières nuits. C’était incroyable, j’ouvrais mon cabinet de voyance, et à peine quelques heures après, j’avais des dizaines de lecteurs comblés par la qualité du contenu du site et par son look trop design.
Je crois que c’est un signe. Le signe que j’ai besoin de vacances.
Oui "déjà".
Bélier : Il fait si beau dehors, et si vous preniez des vacances anticipées ?
Taureau : Quoi de mieux qu’un bon bol d’air pour se remettre d’aplomb !
Gémeaux : Le temps radieux de ces derniers jours vous a donné des envies de grand air, profitez-en !
Cancer : L’alignement du Soleil sur la Terre déclenche en vous ce besoin irrépressible d’air pur. Sortez, bougez !
Lion : La chaleur ne vous effraie pas, le Soleil est votre planète !
Vierge : Sauf si vous êtes roux, auquel cas il sera préférable que vous restiez soigneusement à l’abri des UV, le moment est idéal pour réaliser de grand projets en extérieur.
Balance : Balance balance balance-toi sur cette superbe balançoire achetée en promo le week-end dernier !
Scorpion : C’est pas au mois de novembre que vous aurez droit à un temps pareil, profitez-en !
Sagittaire : La vie est courte les articles de jardin sont à des prix imbattables ! Vous devriez investir dans un transat et vous offrir un bon bain de soleil.
Capricorne : Ce n’est pas que vos collègues ne vous apprécient pas, mais il se trouve qu’aujourd’hui, ils seront tous absents pour des raisons diverses mais toutes très justifiées. Vous auriez bien profité de votre journée, eh oui je sais, mais voilà, il faut bien quelqu’un pour assurer le standard, et vous avez été désigné volontaire...
Vous devriez en profiter pour remplir votre nouveau blog qui sent la peinture et qui est un peu terminé à l’arrache. C’est pas une obligation, mais c’est fortement recommandé. Si si.
Verseau : Alors, ces congés, ça roule ?
Poissons : Il y a du monde à la piscine, mais cela ne vous dérange pas, vous irez faire bronzette en attendant que le bassin se vide. Vous vous en foutez, vous avez pris votre journée !
Post-scriptum pour les capricornes : Vous n’oublierez pas d’éteindre le photocopieur en partant, merci bien.
Dans l’épisode précédent, je vous ai raconté comment une espèce d’incompétente a réussi à me casser une dent, ce qu’elle aurait pu éviter si elle avait su lire une radio correctement.
Depuis, la situation n’a pas vraiment changé, à part que je me fait mal un jour sur deux en buvant trop chaud ou trop froid. Entre temps, j’ai pris rendez-vous avec un stomatologue spécialisé en charcutage et je peux vous le dire puisque c’est lui qui m’a retiré les dents de sagesse il y a un peu plus de six ans. D’ailleurs, il m’avait laissé à l’époque un souvenir dans la gencive, qui s’est transformé en abcès quelques jours plus tard, mais il paraît que c’est assez courant, donc je lui ai pardonné.
Nos grandes retrouvailles devaient avoir lieu hier après-midi, dans son nouveau super-cabinet-ultra-design de praticien en secteur II [1].
Et comme tous les praticiens en secteur II qui te font payer la séance si tu ne préviens pas 48h à l’avance que tu annules, il était en retard.
Et comme tous les praticiens en retard auxquels j’ai eu droit, il ne s’est pas excusé, faut pas déconner, il a déjà été assez gentil d’accepter d’avoir une clientèle qui ait des revenus inférieurs à 90k€ annuels.
Oui, j’aime ce type à peu près autant que l’espèce de bouchère du KGB qui m’a foutu la trouille de ma vie la semaine dernière. En 2003 j’avais eu cette impression du type arrogant et amoureux de sa belle gueule, mais là j’en ai eu la confirmation. M’enfin bon, il paraît qu’il est bon dans ce qu’il fait, alors on verra bien.
En tout cas, ce qui est sûr, c’est que si d’aventure vous deviez vous faire arracher une dent par une journée de canicule, c’est pas chez lui que vous souffrirez de la chaleur.
Ce
malade
a foutu
la clim’
à fond
dans son cabinet.
Genre il devait faire 15°C à tout casser, peut-être moins. J’avais un pull et je grelottais, même en Russie j’avais moins froid.
Malade.
Je vais finir par me reconvertir dans le consulting en médecins pas normaux de la tronche, neuf fois sur dix quand je décide d’aller voir un toubib je tombe sur une espèce de foldingo. Bref.
Il s’est assis, m’a demandé si on se connaissait : "Oui on se connait, toi tu m’as oubliée mais moi j’ai pas oublié ton connard d’anesthésiste qui m’a posé une perf’ de force en 2003 en m’insultant à moitié, et toi qui en avais rien à cirer que j’aie peur.". Non, j’ai pas répondu ça, mais j’aurais bien voulu. Le problème, voyez-vous, c’est que, comme je l’ai précisé plus haut, Monsieur était retard, et oui. C’est donc les yeux collés au chrono qu’il m’a laissée lui expliquer l’origine de mon problème. Après quoi il a regardé la radio, puis a saisi avec une énergie impressionnante l’enveloppe de la radio avant de gribouiller un numéro de téléphone dessus et de m’expliquer ce que j’avais à faire comme s’il parlait à une débile.
"Alooors, vous appelez ce numéro, 01 36 14, machin chouette, c’est le secrétariat de l’hôpitaaaaaal Trucmuuuuche, oùjesuischefdeservice, vous demandez au secrétariat une intervention MEEEEOOOOPAAAAAA. Voilà, merci au rev- "
"C’est quoi une intervention MEEEEOOOOPAAAAAA ?"
Merde, il a loupé son record de la consult’ la plus courte dites donc.
(Oui, j’en ai marre de me faire prendre pour une conne et de fermer ma gueule tout le temps, donc maintenant je l’ouvre et tant pis si ça lui fait baisser sa moyenne)
(Accessoirement, c’est dans ma bouche que ça se passe, donc j’aimerais bien être au courant, désolée hein)
En me raccompagnant dans le couloir, il m’a expliqué, faisant fi du secret médical (après tout, qu’est-ce qu’on en a à faire), ce qu’était le MEOPA.
C’est un mélange moitié oxygène et moitié protoxyde d’azote. En gros, ça shoote et c’est utilisé en complément de l’anesthésie locale mais ce n’est paaaaaas une anesthésie généraaaaaaale. Il me l’a bien précisé en refermant la porte du cabinet. Je suis contente, j’ai quand même eu dix secondes d’explications sur ce qu’il prévoyait de me faire subir, il est trop sympa, vraiment.
Bon, je vais être honnête, en dehors de son côté sale con, je pense qu’il sait ce qu’il fait, et je suis contente qu’il m’ait confirmé que l’anesthésie générale n’était pas nécessaire. Et pour le MEOPA, je savais que je trouverais de la documentation sur internet. Sauf que, pour une fois, j’aurais dû m’abstenir, parce qu’en lisant les effets secondaires, j’ai réussi à me faire peur pour rien.
J’ai bien flippé aussi lorsque j’ai voulu joindre le secrétariat aux alentours de 17h30, en rentrant chez moi. Après avoir un peu insisté, quelqu’un a fini par décrocher :
"Allooooo ?"
"Oui bonsoir Madame, je suis bien au service de stomatologie ?"
"Ouiiiii ?"
"Oui, alors je vous appelle de la part du Docteur Ketchup [2]que j’ai vu en consultation cet après-midi et qui m’a dit de prendre rendez-vous pour blaaablaaaablaaaa."
"Alors oui alors euuuuh, demain !"
Là j’ai bondi et je me suis sentie mal.
"De...main ?"
"Oui, demain, la personne elle est pas là et euh..."
"Mais je, enfin demain c’est..."
"Oui c’est ça, demain parce que là le secrétariat il a fermé depouis dix-sept heures et la Dame elle sera là demain, il faut appeler à partir houit heures !"
"Aaaaaaaaah ahahahahaa oui, d’accord, je rappellerai demain ! Merci beaucoup, merci vraiment hahahaha je rappelle demain ! Merci bonne soirée au revoir Madame !"
Je vous raconte pas dans quel état j’étais en raccrochant. Mais bon, après coup j’ai bien rigolé.
Finalement j’ai pris rendez-vous ce matin et j’ai un mois de compte à rebours pour me préparer psychologiquement. J’essaie de faire bonne figure devant les gens, style "Peuh, une broutille" mais en fait c’est tout le contraire.
C’est marrant d’ailleurs, ça me rappelle un rêve que j’avais fait un peu avant mon opération des dents de sagesse par le même bonhomme : j’étais avec mon père et le Dr Ketchup, assise dans le fauteuil et là il me saisissait la tête et m’enfonçait une brosse à biberon au fond de la gorge en frottant comme un bourrin. J’essayais de hurler mais je n’y arrivais pas, évidemment, et sans se rendre compte qu’il avait oublié de m’endormir, le Dr Ketchup ,tout sourire, frottait et frottait en expliquant à mon père qu’en général les patients restaient traumatisés quatre ans après l’intervention qu’il était en train de pratiquer.
Une broutille. L’affaire d’une demi-heure à peine. Et il fait ça tous les jours avec une main dans le dos et les yeux bandés. Même pas peur.
Hum.
Je me suis acheté un super savon la semaine dernière, il s’appelle "Karma" et il est censé changer ma vie de merde en un truc absolument merveilleux rien qu’avec ses composants 100% naturels (methylparaben, cocamidopropyl betaïne et compagnie). Comme d’habitude, quand un truc doit m’apporter chance et bonheur, c’est tout l’inverse qui arrive. Par exemple j’ai jamais autant cauchemardé de ma vie que quand j’ai eu un piégeur de rêves accroché au-dessus de mon lit, j’aurais dû me douter que ce serait la même avec le savon Karma, mais ça n’a pas totalement altéré mes dons de voyance pour autant, puisque je savais avant même l’achat de ce savon que j’allais passer une semaine de merde. Surtout jeudi.
Pour optimiser ma life et profiter de la jeunesse le plus longtemps possible, j’ai refusé qu’on me pose un appareil dentaire quand j’étais ado, d’ailleurs l’orthodontiste lui-même n’avait pas jugé ça utile à l’époque. Et puis il y a deux ans environ, ma dentiste, le Docteur Zahn, avait posé un regard plus attentif sur ma dentition et m’avait fortement recommandé d’envisager un traitement qui, bien que long, m’aurait (paraît-il) amélioré le quotidien. Je suis donc allée voir une orthodontiste au mois de novembre dernier, le sosie de Marina Foïs, qui n’a pas eu besoin de plus d’une minute pour m’annoncer que le traitement était nécessaire voire indispensable, que j’en aurais pour deux années entières, que si je ne le faisais pas maintenant je devrais le faire à quarante ans et que ce serait encore plus la honte, et que le tout coûtait 860 euros par semestre payable en plusieurs mensualités, on est orthodontiste mais on reste humain n’est-ce pas.
Ma première envie fut de lui préciser l’endroit où elle pouvait se le mettre, son appareil céramo-métallique, mais mes dents se sont vite rappelées à mon bon souvenir, au point qu’en avril dernier c’était moi qui suppliait l’orthodontiste d’entamer le traitement le plus tôt possible.
Après la prise d’empreintes dentaires et rédaction du devis, j’ai pris rendez-vous avec le Docteur Zahn pour l’extraction des deux deuxièmes prémolaires du haut (15 et 25 je crois, pour les dentistes qui me liront un jour, peut-être). Et ce rendez-vous avait lieu jeudi.
Là, vous vous doutez que ça va partir en cacahuète et vous aurez bien raison.
Jeudi 11 juin, 19h, j’avale un cachet de magie noire qui te fait voir la vie en rose dans la salle d’attente du Docteur Zahn. Professeur Zbob lit Paris Match confortablement assis.
Mon tour arrive, le comprimé a un peu agi, heureusement parce que même avec 10mg de substance dans le sang, je faisais pas la fière, pour différentes raisons toutes très valables : j’allais saigner, on allait m’arracher une dent, j’allais être consciente , j’allais peut-être avoir mal après, je ne savais pas comment elle allait s’y prendre... une anxiété toute naturelle pour n’importe qui, sauf pour le Docteur Zahn, qui a visiblement arraché des dents au KGB dans des conditions extrêmes, puisque sa seule phrase de réconfort fut : "Bah, de toutes façons, faudra les retirer, hein !".
Je me suis assise dans le fauteuil de torture, pendant qu’elle préparait son matériel de guerre, visiblement plus intéressée par le coût de mon traitement orthodontique que par mon appréhension. Mbon.
L’anesthésie s’est bien passée, mieux que ce à quoi je m’attendais, je me suis détendue un peu, jusqu’au moment où j’ai vu le bistouri, et là j’ai paniqué, croyant qu’elle allait me lacérer la gencive. Plutôt que de me dire "C’est juste pour écarter les dents", elle m’a répondu "Mais vous imaginiez quoi ? Bien entendu qu’il faut que j’utilise ça ! Ne vous en occupez pas et laissez-moi travailler !".
Le temps de reprendre mon calme et de me rendre compte qu’elle n’a rien coupé, je la vois saisir sa pince, je prends une grande inspiration en me disant que le bout du tunnel est pour bientôt.
Hahahahahahaha. C’est là qu’on est entré dans l’alignement du Karma de merde.
Cette espèce de folle s’est mise à tirer, et moi à avoir mal. Cherchez l’erreur.
"Mais non, vous n’avez pas mal, vous sentez que ça tire et ça vous plaît pas, laissez-moi travailler."
Deuxième tentative, la douleur encore pire. J’ai tenté de prendre sur moi les premières secondes, mais je sentais bien qu’un truc allait de travers : l’anesthésie avait mal pris.
Après m’avoir à moitié traitée de chochotte, le Docteur Zahn a accepté, dans sa grande mansuétude, de m’injecter une seconde dose d’anesthésiant. Une minute d’attente, troisième tentative, j’avais de plus en plus mal, une horreur, je sentais d’ailleurs la douleur me remonter jusque dans le nez, la dent ne bougeait pas d’un poil et l’autre tirait tirait et tirait à n’en plus pouvoir. Finalement, c’est ma dent qui a décidé d’arrêter le massacre en se brisant en petits morceaux.
"Non, mais ça ne va pas du tout, regardez ce qui arrive maintenant, on est bien ! Vous ne me laissez pas travailler ! Je ne peux pas travailler dans ces conditions ! Vous avez fait le plus dur ! Vous êtes anesthésiée, vous ne pouvez pas avoir mal !"
S’en est suivi un dialogue de sourds dans lequel elle m’a reproché de ne pas la laisser travailler et de ne pas lui faire confiance, tout en me conseillant de faire cette intervention sous anesthésie générale parce que vraiment je ne supportais pas qu’on me touche et que vraiment j’étais un cas psychiatrique en matière de phobie du dentiste, qu’elle faisait des extractions tous les jours et que je n’avais pas mon mot à dire quand à ses techniques et le déroulement de l’intervention dans ce qui, je le rappelle à tout hasard, est quand même ma bouche.
De mon côté, je lui expliquais que j’avais peur, que j’avais mal jusque dans les sinus, que je n’avais plus confiance en elle, que je refusais qu’elle m’extraie cette dent et qu’elle pratique le moindre soin dentaire sur moi à l’avenir, qu’elle avait quelques cours à prendre en matière de communication avec ses patients et qu’elle pouvait bien crever pour avoir des nouvelles de l’évolution de la situation me concernant (ce qu’elle m’avait demandé).
A l’évocation de la douleur que j’ai eue dans les sinus, elle m’a rétorqué sur un ton condescendant "Mais enfin, quel est le rapport entre vos sinus et vos dents ! Peuh !".
Et bien la réponse je vous la donne en exclusivité mondiale, vous allez voir la différence entre une malade formée à l’armée russe et une vraie pro qui maîtrise son sujet.
Je suis repartie du cabinet jeudi soir avec ma dent explosée mais encore en place, avec pour instruction "Si ça vous fait mal, prenez du paracétamol", point, et après m’être fait comprendre non sans satisfaction que si j’allais aux urgences on me ferait subir le même traitement que ce qu’elle m’avait fait. J’étais au bord du malaise, congelée alors qu’il faisait bon dehors, et tremblant comme une feuille. J’ai réussi à tenir bon grâce à l’état de colère dans lequel j’étais et qui me maintenait sans doute une tension assez haute pour que je reste debout.
Vendredi matin à la première heure, j’ai rappelé mon ancienne dentiste, une perle rare qui soigne beaucoup d’enfants et qui est très douce. Cette femme, je lui confie mes dents les yeux fermés, mais elle est à l’autre bout de Paris, et elle n’avait pas de rendez-vous dans les bons délais pour m’extraire les dents, donc je suis allée chez le Docteur Zahn. Si j’avais su...
Elle m’a reçue à 14h30, a regardé l’étendue des dégats, m’a posé du vernis pour atténuer la sensibilité au chaud et au froid, m’a demandé de lui raconter le déroulement de la séance de torture, a jeté un coup d’oeil rapide à la radio et m’a dit :
"La douleur dans les sinus, vous ne pouviez pas l’inventer (et bam), et en regardant votre radio, on voit que votre prémolaire est collée au sinus, et je dirais même qu’elle est carrément dedans. Et vous avez eu mal parce que l’anesthésie n’a pas entièrement fonctionné."
Heureusement que j’étais allongée, sinon je tombais dans les pommes.
"Ce sont des choses qui arrivent, et ça se retire sans aucun problème si c’est fait par une personne qui a la technique adéquate, donc ne paniquez pas, mais heureusement qu’elle n’a pas extrait la dent, sinon elle aurait pu vous faire un trou dans le sinus, elle ne l’aurait pas rebouché et là ça aurait été problématique."
Elle a également rajouté, à propos du Docteur Zahn "C’est une conne."
Il faudra donc que je passe par un stomatologue pour retirer ces dents, et le truc étrange c’est que... finalement pour le moment ça ne me panique pas trop. J’ai rendez-vous le 23, on verra ce que ça donne.
Tout ça pour dire : la colère est un excellent moteur quand on sait s’en servir. L’idée même d’avoir été traitée de "patiente extrêmement phobique" par le Docteur Zahn me fout dans une telle colère que je serais prête à me faire retirer les deux prémolaires d’un coup sous anesthésie locale, rien que pour lui prouver par a+b que c’est une incompétente doublée d’une sacrée connasse.
D’ailleurs ma gentille dentiste s’attendait à me voir traumatisée à vie après une expérience pareille, elle qui a consacré tant de séances à m’aider à dompter cette phobie des aiguilles. Il est hors de question de bousiller tout ce travail à cause d’une abrutie incapable de lire une radio. Hors de question.
Prochain épisode dans une dizaine de jours, donc. Comme je disais plus haut, je n’ai pas particulièrement peur, mais j’avoue que je suis curieuse de savoir comment le bonhomme va s’y prendre pour arracher cette dent qui m’a l’air à peu près aussi fixée dans ma mâchoire qu’Excalibur dans son rocher. En attendant, c’est un peu relou de devoir mâcher du côté droit, surtout que moi je suis gauchère de la mastication, m’voyez.
Allez, brossez-vous bien les dents si vous ne voulez pas finir chez le Docteur Zahn, bisou !
Il y a quelques années, j’ai voulu consulter un psychologue suite à une agression. Un an après ce malheureux évènement, j’étais encore incapable de sortir seule dans la rue passée une certaine heure. Il fallait se rendre à l’évidence : j’étais complètement traumatisée et ça ne pouvait plus durer. J’ai donc pris rendez-vous dans un centre médico-psychologique à côté de chez moi, cinq minutes à pieds à peine, et bien entendu, malgré ma peur de sortir à la nuit tombée, ce type s’obstinait à me donner rendez-vous à 20h.
Un soir, alors que je lui parlais de nouveau de cette agression qui occupait ma tête environ trente-cinq heures par jour, il m’a dégainé son diagnostic : j’étais névrosée, ça on s’en doutait, au stade de la névrose phobique, on s’en doutait un peu aussi, mais il me prédisait un avenir encore plus sombre...
"Si vous n’agissez pas rapidement, votre névrose ne sera plus phobique mais elle va devenir obsessionnelle, et autant là maintenant vous avez du chemin à faire, autant si vous passez dans une névrose obsessionnelle, vous serez irrécupérable."
Et là, avec un petit sourire en coin, il m’a dit :
"Je peux vous empêcher de vivre ça, mais il va falloir faire ce que je vous dis"
A cet instant, j’ai percuté qu’il était environ 20h30, que le centre médical était vide à l’exception de nous deux.
Il m’a vue pour la dernière fois de sa vie de gros porc ce soir-là.
J’ai continué ma vie comme j’ai pu, avec mon traumatisme et ma névrose phobique en espérant qu’elle ne mute pas trop tôt, histoire de profiter un peu avant de finir à la Verrière.
Un an, deux ans, sept ans ont passé. Et tout a basculé il y a un mois environ.
J’étais à mon bureau, mon chef est venu me chercher :
"Mbon, alors on va peut-être avoir un financement, là, donc il me faudrait des devis pour blaaaablaaaablaaaa. D’ailleurs, si on a le budget, on investira dans du matériel informatique. Réfléchissez-y."
Ceci couplé à un bulletin du CERTA qui conseille les administrations équipées de systèmes d’exploitation Micrognoft de préparer l’évolution du système vers un truc vista-style qui n’existe pas encore mais comme ils préparent déjà l’arrêt du support d’XP pour 2014 et que les mises à niveau c’est relou, il va falloir être dans les starting-blocks. D’autant plus que la personne qui devra s’acquitter de cette tâche à mon boulot, ce sera moi. Et ça me travaille.
Hier après-midi, du coup, ça a donné à peu près ça :
"C’est bon, on a le budget ! On pourra se voir pour faire le point ?"
"Pas de problème, je prépare les devis !"
"Ok, on voit ça cet après-midi, je vous laisse tout préparer nickel."
Et là, j’ai soigneusement élaboré deux devis pour des machines super performantes et peu onéreuses, de quoi renouveler tout un parc info avec un SMIC chinois. Je me suis pointée comme une fleur en début d’après-midi, avec les devis.
"Et voilààààà !"
"Euh... C’est quoi, ça ?"
"Bah, c’est les devis !"
"Les devis pour quoi ?"
"Pour les ordinateurs !"
"Mais de quoi vous parlez, quels ordinateurs ?"
Oui, en fait, mon chef attendait des devis pour un truc qui n’avait rien à voir avec un nouveau parc informatique. Devant mon enthousiasme, il a quand même vérifié s’il y avait une dépense de ce genre prévue au programme. Et en effet, il y a avait un peu à me mettre sous la dent (si j’ose dire), mais rien d’extravagant, juste un malheureux portable.
Comme vous le savez, dans l’administration, quand on arrive à obtenir quelque chose, il faut savoir sauter sur l’occasion et dégainer la paperasse plus vite que son ombre. Cet après-midi, mon chef est revenu me voir en m’expliquant que si on voulait voir la couleur de nos sous avant la rentrée, il fallait que tout soit prêt maintenant.
"Et en plus, on a un nouveau poste qui n’était pas prévu, donc... enfin prenez votre temps pour les devis, faites ça bien."
"Juste une question : le poste, je prends un portable comme pour l’autre, ou un ordinateur de bureau ?"
"Mais enfin QUI vous a parlé d’ordinateur ? Je vous parle d’un nouveau poste, une nouvelle dépense !"
"Mais je... Ah oui, d’accord pardon. Je fais un peu un blocage sur les ordinateurs en ce moment, hein ? Hahahaha !"
Bizarrement, lui, ça l’a pas fait rire. Il a levé un sourcil d’un air blasé et est parti prendre un café.
A cet instant j’ai compris que le petit chauve du centre médico-psychologique avait raison. Je suis obsessionnelle. Ma vie est fichue.
Confiez-moi votre parc informatique.
La prochaine fois que l’idée saugrenue d’investir dans un appareil de cette marque me viendra à l’idée, je vous autorise à me casser un bras.
Sérieusement, tout ce que je possède et qui sort de leurs usines transforme ma vie d’habitude si tranquille en cauchemar. Les seuls qui ont réussi cet exploit de me pourrir le quotidien ont un listing de mes appels au service des réclamations long comme le bras, ils s’appellent LCL et l’évocation de mon nom les plonge dans une dépression terrible.
Mais laissez-moi vous mettre en situation. Prenez un tranxène avant.
Aaaargh ce téléphone. A s’arracher les cheveux.
Un coup de fil urgent à passer ? Pas de souci, j’assure !
*bip* *bip* *bip* *bip* *bip* *bip* *bip* *bip* *bip* *bip* *bip* *bip* *bip* *bip* *bip* (j’appelle loin) (mais c’est très urgent)
*tuuuuuuuuuut* *tuuuuuuuuuut*
"Alloooo ?"
"- Oui, bonjour Madame, je - *cloc* Allo ? Allo ?"
Ah ça, ça donne une bonne image quand vous êtes en ligne avec quelqu’un, au hasard, des impôts ou d’un service contentieux quelconque à cause d’une facture que vous avez oublié de régler quelques mois auparavant [3].
Le problème, c’est que votre interlocuteur n’est pas censé savoir que votre téléphone qui coûte un rein est régulièrement victime de ces coupures intempestives sans doute dues à un faux contact. Et je ne vous parle même pas du temps qu’il fallait avant que le bouzin ne se remette en "marche". Un quart d’heure rien que pour le faire redémarrer, et si l’envie vous prenait de rappeler votre interlocuteur pour lui présenter vos plus plates excuses pour la défection de votre téléphone hors de prix, un portable de 1998 passé sous un train aurait été plus digne de confiance.
Le mois dernier, j’étais au téléphone en train de prendre des nouvelles d’une amie, quand la batterie de mon portable a lâché. J’ai donc voulu terminer la conversation en la rappelant depuis mon fixe, vite fait, avant de prendre une douche et de sauter dans le métro puisque j’étais attendue le soir même.
Vous voyez le cas de figure au-dessus ? Pareil.
Après avoir tenté de faire subir mille sévices à ce combiné de la mort à coup de voltige dans l’appart et de coups de pieds, j’ai fini par tout débrancher et tout foutre à la poubelle. Direct. Le lendemain j’ai investi dans un téléphone sans fil d’entrée de gamme, je peux enfin profiter de ma ligne et les murs de mon appart sont bien plus tranquilles.
Non seulement j’ai payé cette cafetière une fortune pour ce que c’est, mais en plus je suis tombée sur le lot de deux millions de machines dans le monde qui peuvent peut-être sauter à la tronche de leur propriétaire si d’aventure ils vivent dans un recoin de la planète à l’eau un poil calcaire.
Je vis en banlieue parisienne. Le calcaire, c’est toute ma vie. Je mange calcaire, je bois calcaire, je vomis des sucs gastriques calcaires à force d’avoir l’estomac irrité de calcaire. Il a fallu dissoudre le calcaire au coca dans notre salle de bains pour changer le tuyau de la douche, c’est vous dire si on fusionne avec le calcaire.
Alors quand un pauvre bonhomme a vu sa vie défiler au moment de l’explosion de sa machine à dosettes, vous imaginez que j’ai pris l’info au sérieux.
Déjà, sur le site de Senseo, pas une seule info. Rien. Nada. Nichts. Nichto. Il a fallu que j’aille sur le site de Philips et que je cherche bien pour trouver l’info et que j’entame les démarches pour leur renvoyer ma machine.
Machine dont on m’apprend qu’elle sera indisponible deux semaines.
Quand je vois le temps qu’ils ont mis rien que pour prendre en compte mon inscription, les deux semaines, je n’y crois pas une seule seconde. Ou alors ce sont des semaines où ils découpent les jours en fonction des heures ouvrables. Oui, ça se tient.
Parce que, je vous explique, sur le mail de confirmation, ils avaient écrit "Vous recevrez une boîte de transport sous quatre semaines". C’était le 18 avril. J’ai reçu ma boîte en carton la semaine dernière. Et histoire de gâter la clientèle, on vous demande aussi d’être carrément dispo au passage du livreur, mais aussi pour le retrait de la machine, et attention s’ils se rendent compte que vous avez fait quoi que ce soit de pas très catholique avec votre cafetière, ils se réservent le droit de vous faire payer la réparation.
Et je vous parle même pas du ton du message que m’a laissé le livreur le jour de la livraison du carton. Limite si j’aurais pas dû l’accueillir comme le messie avec tapis rouge et tout le bazar, le malaimé a dû laisser le précieux colis chez les gardiens, c’était affreusement horrible au point qu’il se demandait s’il allait y survivre.
Quelque chose me dit que son carton va servir au chat pour faire ses griffes, parce que 1- je ne suis pas à la disposition d’un SAV, faut pas déconner, 2 - j’ai pas envie de rappeler ce sale type qui m’a à moitié agressée par répondeur interposé, 3 - j’ai envie de revoir la couleur de ma cafetière un jour et 4 - je n’ai aucune envie, mais alors aucune, de me taper le circuit en sens inverse pour récupérer mon matos.
P’têt bien que je vais me remettre au café en poudre, tiens.
Si vous aimez ne pas vous réveiller à l’heure ou vous faire réveiller avec la musique à fond les ballons quand ça fonctionne, mon réveil a tout pour vous plaire.
Je ne vous parle pas de l’ancien, de la même marque, il fonctionnait très bien, il faisait même station météo, mais un peu en décalage. Par exemple, il prévoyait un temps pourri les jours de grand soleil et inversement. En plus on pouvait même pas mettre de clé USB avec de la musique ou de CD, et se faire réveiller tous les matins par de la chanson française c’est bien pour le premier avril mais le reste de l’année je m’en passe, merci.
En janvier dernier, pour mon anniversaire, j’ai décidé de m’offrir une paire de belles enceintes colonnes histoire de couvrir les bruits de mes primates de voisins. J’ai voulu investir en même temps dans un nouveau radio-réveil avec dock iPod, histoire de pouvoir me réveiller avec autre chose que du Cali dans les oreilles.
Après écoute rapide au magasin, mon coeur a flanché pour ce modèle, qui avait un son bien meilleur que les autres (il était aussi bien plus cher). De retour à la maison, l’engin fut déballé, branché, mis à l’heure, admiré et programmé pour le lendemain matin 8h15.
C’est là que je vous propose le jeu du réveil des morts. Vous allez voir, c’est fastoche.
Il vous suffit de cliquer sur l’un des liens ci-dessous, et d’augmenter le volume de votre ordi d’un cran toutes les trois secondes. Oui oui, même si vous trouvez que c’est fort. Non, vous ne pouvez pas arrêter d’augmenter le volume, même si vous avez mal aux oreilles. Vous avez gagné lorsque vous avez atteint le maximum. Relancez le jeu toutes les cinq minutes.
Nous on a testé avec cette chanson-là.
Je vous conseille de tester de nouveau avec cette chanson-là. Bon courage.
C’est désagréable, hein. Et on a tout tenté, pensant qu’on avait loupé un épisode, mais en recherchant sur internet, on a trouvé qu’en fait c’était juste impossible de stopper l’ascension du volume lors du réveil avec ce mode, mais on va tenter d’y réfléchir, promis.
Du coup, on doit programmer le réveil avec le buzzer, et ensuite on coupe et on rallume avec le baladeur. Pratique, non ?
Aaah, le buzzer. Il sonne, il sonne, il sonne jusqu’à ce qu’on l’éteigne. J’ai toujours eu des réveils qui finissaient par comprendre au bout d’une minute que si on n’appuyait pas pour l’éteindre, il pouvaient se couper tous seuls. Et ben pas celui-là. Donc admettons que je me lève et que j’aille prendre ma douche sans désactiver l’alarme, quand je vais revenir dix minutes après, ça va être la foire.
Et ça, c’est quand le réveil daigne sonner. Parce qu’hier matin, par exemple, il a décidé qu’il prenait des vacances.
Je l’ai programmé avant-hier soir, pour le lendemain 6h00 pétantes. J’ai ouvert les yeux à 5h51, j’ai vérifié que le ALM1 était affiché, oui il est affiché, il me reste neuf minutes de couvertures avant de me lever, c’est cool, je rouvre les yeux en me disant que ces neuf minutes sont bien longues : 6h15.
Le réveil n’a pas sonné.
Il était programmé, bordel de putain de bordel de merde. 6h00.
Mbon. Heureusement qu’avec mon pouvoir divinatoire je me doutais qu’il y aurait une merde et que j’avais pris soin de me réveiller plusieurs fois dans la nuit pour vérifier que je n’étais pas encore à la bourre.
Donc voilà. C’est chouette, c’est joli, c’est plein de gadgets, mais c’est un peu fini à l’arrache leur matériel. Le seul truc que j’ai de chez eux qui ne m’a jamais posé de problème, c’est l’aspirateur. D’un autre côté, on s’en sert une fois par trimestre.
Si vous êtes sages, la prochaine fois je vous parlerai de ma balance de cuisine au bouton ON/OFF qui fait ON mais pas OFF. Vous verrez, c’est passionnant.
Bisou !
Remember.
Dr Ketchup. L’homme qui consulte plus vite que son ombre.
Le final round, c’était mercredi dernier à 8h45. Dans un hôpital flambant neuf, décoré comme un centre commercial.
Le dimanche, à J -3 donc, j’étais incapable de décrocher un mot avec l’humeur en dents de scie.
Le mardi soir je cumulais trois kilos de plus sur la balance, trois kilos de flotte stockés à cause du stress de l’intervention, à la limite de l’infection urinaire à force de ne plus aller pisser. J’ai appelé Ketchup pour lui demander s’il y avait moyen de moyenner un p’tit cachet bleu avant de me faire arracher la tronche, des fois que le gaz ne suffise pas.
Mercredi matin, à peine levée j’avais déjà gobé mon cachet en espérant qu’il agisse vite, bien, et que j’arrive à l’hôpital limite endormie.
Je suis arrivée à l’hôpital avec la démarche ébrieuse (les anxiolytiques : moins t’en prends, plus ça défonce, c’est trop bien), mais bien entendu une fois dans la salle d’attente, j’étais comme une pile. Je sais pas si c’est la proximité de la fontaine à eau, mais je me suis mise à pleurer tout ce que j’ai pu, surtout lorsque j’ai vu les infirmières se déplacer avec la bombonne de MEOPA. J’avais l’impression de partir à l’abattoir.
Devinez qui était en retard ?
Eeeeeh oui.
Et devinez à quel moment l’infirmière est venue me chercher ?
Juste quand je sortais des chiottes. Pas le temps de réfléchir, hop vous allez dans cette salle et vous vous installez bien, bougez pas j’arrive.
Le temps qu’elle revienne, j’étais en pleine crise de larmes. On se refait pas à dix minutes d’une extraction dentaire, hein.
Là vous vous dites "Ça s’annonce mal", et bien non, pas du tout.
Grâce au pouvoir fatal du cachet bleu du matin, j’ai vite repris le dessus lorsque les infirmières m’ont expliqué en détails ce que ce cher stomatologue hyperactif n’avait pas pris le temps de m’expliquer.
Alors pour les phobiques du dentiste qui tombent chez moi, l’intervention au MEOPA se passe de la manière suivante (vous allez vous coucher moins bêtes) :
Déjà, on vous allonge, position confortable et pratique pour tout le monde,
Ensuite, vous aurez une infirmière à côté de vous, la mienne était trop gentille, elle me caressait les cheveux et me parlait doucement en me disant des trucs gentils et rassurants, et elle est restée pendant toute l’intervention,
On a fait un essai de masque avant l’intervention, et elles m’ont expliqué à deux comment ça allait se dérouler : on met le masque, on respire deux/trois minutes, on se détend, une fois bien détendu on met des "lunettes", c’est-à-dire une espèce de tuyau avec les embouts dans les narines et on continue à envoyer un peu de gaz, mais moins, le temps que le médecin fasse ce qu’il a à faire,
On reste conscient, on entend, on répond, on peut bouger, on sent aussi la piqûre de l’anesthésie malheureusement mais moins et on se sent vraiment détendu (il paraît que ça en rend certains euphoriques),
Une fois le gaz arrêté, en respirant doucement, on reprend entièrement ses esprits en quelques minutes, c’est vraiment très rapide.
Globalement, ça diminue le choc de l’intevention, si je devais me faire retirer de nouveau des dents, je ne chercherais même pas et je le referais de cette manière.
Là vous vous dites "Ah ouais, c’est le pied en fait", et bien non, faut pas déconner non plus, c’est une extraction dentaire, pas un épisode du Village dans les nuages.
Déjà parce que, là encore, la clim était à fond la caisse, et que je portais un petit débardeur très mimi mais pas molletonné. Donc j’avais froid.
Et même avec les explications, j’avais peur. C’est normal.
Du coup, quand le Docteur Ketchup est arrivé, ça a donné ça :
"Salut Mireille, salut Sylvie, salut Tantie, alors comment vous vous sentez ?
- J’ai peur, j’ai peur, j’ai peur, j’ai peur, j’ai pe-
- Maiiiiiiiiiis non, faut pas, tout va bien se passer, ça va être rapide, vous allez voir."
Et lui, quand il vous dit que ça va être rapide, vous pouvez le croire.
"Allez, ouvrez la bouche ! Bon, là c’est l’anesthésie, vous allez avoir un peu mal, c’est obligé mais ça dure pas longtemps."
Je me suis retourné un ongle en agrippant le fauteuil et j’ai explosé la main de sa pauvre assistante. D’un autre côté, avec la dent limite dans le sinus, fallait bien aller piquer au fond du fond sinon j’aurais pleuré ma mère même avec le gaz.
J’ai trouvé que le produit avait un goût d’huitre. C’était pas très bon, mais j’en ai eu double dose, et de chaque côté s’il vous plaît.
Une minute après, je ne sentais plus rien. Et le Docteur Ketchup était comme un gosse qui va faire sa partie de Docteur Maboul.
"Allez c’est presque fini Tantie, ouvrez graaaaand !"
- Nan j’ai une question d’abord.
- *Grmlblsalechieuse* Mais ouiiii, posez votre question Tantie !
- Nan pasque l’autre follasse l’autre fois elle a quand même failli me faire tomber du fauteuil à tirer comme une malade, vous avez un technique ou faut que je m’accroche ?
- J’ai une technique, mon assistante va se coucher sur vous !
- Oh ça non alors, la pauvre Tantie, en plus elle va m’attaquer pour harcèlement sexuel !
- Hahaha sacrée Sylvie, hop, en voilà une *clong*, en plus si vous tombez, ce sera pas très pratique pour vous retirer les dents, je me vois mal à quatre pattes par terre à faire l’extraction hahaha, et voilà l’autre *clong* ! Ayé c’est fini ! Alors, ça va ?
- Chnuper ! Merchi ! Gn’êtes un pro !
Un conseil aux phobiques accrochés à leur souris : fermez les yeux. Parfois c’est moins angoissant de ne pas savoir. J’ai fermé les yeux pendant toutes l’intervention, même l’anesthésie, je n’ai pas vu les instruments, ni le sang, ni rien. J’ai profité de mon gaz hilarant de ma gentille assistante qui me tenait la tête en respirant profondément, et cinq minutes après tout était fini, j’avais deux cotons hémostatiques dans la bouche et le Docteur Ketchup était parti boire son café.
Rien senti.
Rien vu.
Pas mal.
Et j’ai même eu droit à un bisou de l’infirmière !
Le tout pour un peu plus de quatorze euros. Et j’ai pu récupérer mes dents.
Après coup, j’ai compris l’origine de la clim à fond au cabinet du stomato et à l’hôpital : la chaleur favorise le saignement, donc autant que possible après s’être fait arracher une dent il faut mordre des compresses pour arrêter le saignement, et une fois que c’est arrêté, il faut boire et manger froid ou tiède. Et avoir le coeur bien accroché.
Je suis allée puiser dans mes réserves de zenitude pour supporter le goût du sang pendant une bonne partie de la journée. On m’avait dit "Au bout d’une heure normalement, c’est bon vous jetez les compresses", sauf qu’à 17h30 j’avais toujours du sang plein la bouche.
Là, honnêtement, j’ai paniqué, et j’ai rappelé le cabinet du Docteur Ketchup en larmes. En m’entendant affolée à l’autre bout du fil, sa secrétaire n’a pas trop tardé à me le passer, là encore ça vaut son pesant de cacahuètes.
"Bah alors, qu’est-ce qui vous arrive ?
- Je saiiiiiiiiiiigneuuuuuu !
- Vous avez mal ?
- Non pas du tout mais jeu saiiiiiiiiiiiiiiigneuuuuuuu !
- Mordez des compresses !
- Mais je fais que ça depuis ce matin de mordre des compresses, ça saigne dès que je les retiiiiiiiiiireeeeeeeeeee !
- Et bah mordez-en encore et ne les changez pas, ça arrêtera de saigner quand ça s’arrêtera, de toutes façons dites-vous que personne n’est jamais mort d’un saignement de gencive ! Bonne soirée je retourne à mon golf !
Je vous avoue que le "personne n’est jamais mort d’un saignement de gencive" m’a fait rire.
Jeudi j’avais encore un peu de sang dans la bouche, mais quand même beaucoup moins que la veille, par précaution j’ai mangé tiède/mouliné pendant les deux premiers jours pour ne pas relancer le saignement, parce que douze heure avec du jus de rôti dans le fond du gosier, rien que d’y repenser ça me colle une chute de tension. Berk.
J’ai eu mal dans le sinus droit pendant deux/trois jours, ma gentille dentiste avait vu juste, et je remercie le Grand Marabout Géant dans sa grande miséricorde généreuse de ne pas m’être tout fait détruire la tronche par l’autre folledingue. C’est pas dentiste qu’elle aurait dû être, c’est ouvrier en bâtiment. Grosse bourrine.
Enfin le principal, c’est que ce soit fait. Je suis soulagée.
Mais je vous ai pas raconté le must dans cette histoire.
Nan pasque bon je suis repartie avec mes jolies dents propres et tout. D’ailleurs je les ai toujours dans mon sac et je les montre aux petits enfants que je vois manger des bonbons en leur disant " Regarde c’qui va t’arriver, p’tit con ! Tu finiras obèse et édenté gnark gnark gnark ! ". Non je déconne, je les montre juste à mes collègues (je connais leurs accouchements respectifs en détail, elles peuvent bien connaître mon extraction dentaire).
Et vous savez ce qu’il y a quand on perd une dent...
La petite souris !
Elle est passée vendredi, elle m’a laissé un billet de dix euros, par terre, dans la rue ! Bon, je savais pas qu’elle en était arrivée à piquer le pognon des pauvres, mais on s’en fout, un billet de dix ça reste un billet de dix. Je vais peut-être le jouer en bourse, tiens. Ça et faire monter mes dents en boucles d’oreilles. Le IT accessoire de l’été, préparez-vous les filles, je sens que ça va faire un carton.
Aujourd’hui je vais vous prouver par a+b que je suis bien une Mystery Woman . Vous allez pas en revenir.
En fait, comme beaucoup de grands voyants médiums, je n’étais pas consciente de mon super-pouvoir. Je pensais que tout le monde voyait les choses comme moi, avec de petits yeux myopes et qui changent de couleur selon qu’il fait soleil ou pas.
Il y a quelques semaines, au cours d’une discussion avec Papounet, je me suis laissée aller à une confidence :
"Nan mais tu vois, moi ma technique pour être forte en orthographe, c’est les couleurs. J’ai une couleur pour chaque lettre, et parfois des couleurs pour des mots, donc c’est facile ensuite de savoir comment ça s’écrit !"
Pas de réaction. Je suis passée pour une folle.
Dans un premier temps, je me suis dit que le problème venait de lui, et surtout qu’en fait, il avait lui aussi des lettres pour les couleurs mais n’y avait pas fait attention. Du coup, j’ai refait le test avec mon mec :
"Mais siiiii, le A est jaune enfin !
- Non, je t’assure que non, c’est écrit en noir, là..."
Et toutes les personnes à qui j’en ai parlé m’ont regardée avec un grand sourire, du genre "Elle est mignonne, hein, elle est pas méchante", quand je leur expliquais quelle couleur avaient les jours de la semaine.
Tenez, un bon exemple, le poème Voyelles, de Rimbaud.
"A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes
blaaaaaablaaablaaaa"
Et bien si vous voulez m’énerver, dites-moi que le U est vert.
Le U n’est pas vert, il est marron enfin !
C’est pas le A qui est noir, c’est le O, et le A est JAUNE, bordel !
Le I est blanc, et le E est bleu marine.
Nan, mais revenez, c’est pas contagieux, hein. C’est ce qu’on appelle de la synesthésie. Ça consiste à relier deux sens entre eux, ou un truc du genre, enfin en gros c’est neurologique, ce n’est pas une maladie non, non, c’est assez rare paraît-il, en tout cas suffisamment pour que je passe une bonne vingtaine d’années à vivre avec sans connaître le nom de ce phénomène.
C’est Knuf, la petite soeur de Zbob qui a découvert par hasard comment ça s’appelait en regardant une série télé il y a quelques semaines.
J’étais tranquillement en train de jouer à Rythm Paradise quand j’ai été déconcentrée par Zbob :
"Hé mais dis donc, c’est ce que tu m’as raconté l’autre fois, ça !
- N’hein ?
- La synesthésie, c’est ça ton truc de givrée de la tronche avec les lettres et les couleurs !"
D’un coup il m’a prise vachement plus au sérieux quand je lui ai expliqué que, par exemple, pour retenir des trucs aussi tordus que mon numéro de sécurité sociale ou le nouveau numéro des urgences dans the IT Crowd, j’utilisais des couleurs pour les nombres.
Pour vous donner une idée, quand le commun des mortels voit ça :
et bien moi, je vois ça :
![]()
Tout de suite ça vous égaie le quotidien. Et c’est très pratique pour repérer des fautes d’orthographe ou des inversions de lettres, parce que vous vous rendez compte de suite que les couleurs ne sont pas dans le bon ordre.
Du coup, en apprenant que je faisais partie d’une catégorie à part supplémentaire (et étant femme, blonde, gauchère et fonctionnaire c’est dire si j’aime être une cible), j’ai entamé quelques recherches sur la synesthésie. Ce fut assez rapide, puisque comme je vous l’expliquais, c’est assez rare (et à vrai dire c’est pas non plus LE truc qui vous pourrit le quotidien). Et en lisant un article sur la synesthésie, j’ai noté la réflexion d’un gamin qui disait :
"Moi, la crème fraîche quand je la sens ça me file un goût hyper désagréable dans la bouche, limite je suis en train de manger des excréments."
D’un coup je me suis souvenue : Petit Chouchou, année 1995.
"Mamaaaaan, je peux lécher la cuillère de crème fraîche ?"
Et moi de me retenir de vomir. L’évocation même de la crème fraîche me donne un goût métallique dans la bouche qui est à la limite du supportable.
Ça et aussi voir Jean-Pierre Mocky à la télé. Quand je vois Jean-Pierre Mocky à la télé, j’ai la gorge encombrée comme si j’avais sniffé un rail de crasse sur un SDF. Y aurait aussi un autre truc, mais ça c’est perso, donc je n’entrerai pas dans les détails ici.
Je vous jure que c’est pas contagieux c’est juste deux régions du cerveau qui sont étroitement liées (Celui qui dit "Oui, c’est comme avoir les fils qui se touchent" prend mon pied au cul).
Donc voilà, si un jour j’arrive à joindre les chercheurs qui réclament à cor et à cris des cobayes pour leur faire passer une IRM, je pourrai vous en raconter un peu plus et avec un peu de chance vous rapporter des photos de mon court-circuit cérébral. En attendant, vous pouvez toujours aller vous renseigner ici et aider la recherche qui a besoin de vous.

Pierre Desproges a trouvé son successeur, il tient la page "Humour" du magazine Télé Poche.
Avant d’entrer dans le vif du (douloureux) sujet, je vais vaguement tenter de justifier le choix lamentable que fut la décision de m’abonner à un magazine télé.
Voyez-vous, durant les années de privations de l’ère soviétique où nous vivions d’un SMIC avec ma mère, nous n’avions pas les moyens d’acheter ce magazine télé pour classe sociales favorisées qu’est Télé Poche.
Nan mais c’est vrai, à l’époque c’était un des plus chers de toute la panoplie, nous pratiquions donc Télé Loisirs, avec de temps à autres un switch vers Télé 7 Jours ou Télé Z. C’était surtout Mamie Gruyère qui lisait Télé Z, puisque c’était le moins cher et chez Mamie Gruyère le prix, c’est prix-mordial, ça passe avant le reste, elle serait capable de se faire retirer la vésicule sans anesthésie si ça pouvait lui faire économiser du fric.
Et donc, durant ces années de privations de l’ère soviétique, 90% des jeux télévisés sponsorisés par un magazine télé l’étaient par Télé Poche [4]. Et moi, je voulais lire le magazine recommandé par la télé, parce que la télé, c’était un peu mon modèle.
Malheureusement c’était ma mère qui décidait, et nous avons donc traversé les années 80 avec Télé Loisirs pour seul repère télévisuel. J’avais honte de vivre dans ce milieu prolétaire alors que les couvertures de Télé Poche étaient toujours étincelantes, telle Las Vegas avec ses néons qui pètent les yeux [5].
J’ai pris sur moi et me suis promis qu’une fois installée, je m’abonnerai à Télé Poche et participerai à tous les tirages au sort possibles et imaginables pour gagner un max de cadeaux, des bagnoles, du fric, de la coke et des putes.
Il y a deux ans, ces feignasses de LCL m’ont envoyé leur promo du moment, la planche de stickers avec des abonnements à prix réduits, et Télé Poche faisait partie du lot.
Ma revanche sur la société était là après toutes ces années. Enfin. A moi la société de consommation, les fiches-recettes et l’horoscope hebdomadaire ! Aux chiottes Télérama et ses articles sur le cinéma d’art et d’essai hongrois ! On s’en branle ! On veut des interviews consensuelles d’acteurs hollywoodiens, on veut savoir si Dr House va toucher les nichons à Cuddy ou si Jack Malone va enfin troudeballer sa coéquipière !
Je me suis donc abonnée à Télé Poche. Et bizarrement, je ne consulte pas les programmes, je le lis même avec plusieurs mois de retard, mais ça m’occupe quand je suis aux toilettes.
Justement, aujourd’hui, j’y étais. Aux toilettes. Et je lisais Télé Poche, la rubrique "Humour". Si un jour vous prenez en photo un nom de rue ou de ville très cocasse (genre "Poil"), vous pouvez leur envoyer et ils la publieront ! Ils font aussi une sélection hebdomadaire de la "blague de la semaine", qui vous permet de remporter un "DVD humour" si vous les avez vraiment fait se pisser dessus.
Et je ne pouvais pas laisser passer la page "Humour" de cette semaine. Elle est trop... trop... trop eunbeuliveubeul.
C’est la période des révélations en ce moment ! Je ne m’étais jamais rendue-compte qu’une rubrique "Humour" pouvait être aussi recherchée. Bien entendu, une rubrique humour sans blague sur les femmes, c’est comme un repas sans dessert, ça n’a aucun intérêt, mais là je ne sais pas, je trouve qu’il y a comme un léger acharnement, mais je me fais sans doute des idées... Vous noterez l’effort de parité d’ailleurs : sur neuf blagounettes dont sept sur les femmes, on en trouve quand même une sur les hommes pour équilibrer. Drôles et soucieux de l’égalité, je vous avais dit que ce magazine était fabuleux.
J’ai donc décidé de leur faire part de mon admiration. Après tout, on sait gueuler quand quelque chose ne va pas, il faut aussi savoir dire lorsque l’on est content !
Et là, j’suis hyper contente. Je me suis donc fendue d’une petite lettre rédigée avec mon plus beau feutre, celui avec l’encre qui sèche et qui ne bave pas, et croyez bien que lorsqu’on est gaucher c’est le premier point auquel on s’intéresse quand on achète un feutre.
Par contre, l’écriture est moyenne, j’attends toujours le bloc-notes à lignes que des lecteurs m’avaient promis, du temps où j’avais des lecteurs.
Quelque chose me dit qu’avec mes blagues, j’ai pété le score et que je vais le remporter, ce DVD humour. Sérieusement, vous n’imaginez pas à quel point je suis contente d’avoir trouvé une rubrique de blagues qui est sur la même longueur d’ondes que moi.
J’espère vraiment qu’ils vont me répondre, je serais triste de passer à côté d’une belle amitié avec des journalistes aussi engagés.
Bon, c’est pas tout ça mais il va falloir que j’aille manger ma grosse banane de 11h avant de bien sucer mes pastilles pour la gorge tout au long de la journée, j’ai chopé une angine. Souhaitez-moi bon rétablissement.
Franchement, en ce moment, c’est la déprime. Plein de trucs me font chier, j’ai le moral dans les chaussettes, la conscience lourde comme une enclume et la tronche comme une pastèque parce que je fais trop d’écran.
En plus, mon épaule droite est assez douloureuse, la faute à un déficit musculaire chronique qui fait que si je reste plus de quatre jours sans faire un minimum de musculation, je douille grave et mon épaule fait *plop* à chaque fois que je bouge le bras.
En théorie, entre ça et les maux de dos, je devrais faire ce que m’a recommandé mon rhumatologue : aller à la piscine. Le sport le plus complet, gnagnagna, la marche ça sert à rien, gnagnagna, le tir à l’arc c’est nul, gnagnagna, le seul sport qui trouve grâce à ses yeux, donc, étant la natation.
Sauf que moi ça me fait chier, la piscine à côté de chez moi est tout le temps fermée/blindée, en plus c’est même pas un bassin olympique donc c’est chiant tout le monde se rentre dedans. Sans compter qu’il faut toujours cette saloperie de bonnet de bain pourri qui colle, qu’il faut se rhabiller en étant à moitié mouillé et je déteste avoir un tissu mouillé collé sur la peau, en plus je trouve toujours moyen de marcher dans une flaque juste après avoir remis mes chaussettes, donc merde et remerde, fuck la piscine, je me suis acheté un kit de fitness à dix euros aux 3 Suisses de merde, ça suffira largement. Et si mon rhumato kiffe le chlore, il peut aller en sniffer dans sa piscine perso, je lui en voudrai pas.
En plus j’ai pas de bonnes expériences avec la piscine. Bon, comme toutes les femmes j’ai expérimenté le gros lourdeau qui te matte à la sortie des vestiaires [6], mais j’y ai aussi fait des rencontres assez particulières que je ne souhaite ni à vous ni à vos enfants.
Surtout vos enfants.
Parce que moi, à la piscine, il y a longtemps, j’ai rencontré Pedobear.
Ouais. Juré. J’ai même appris à nager pour qu’il arrête de me tripoter.
Enfin, si on le prend d’un point de vue "léger", j’ai franchi un cap dans ma vie grâce à lui, et il a réussi à me motiver là où mes parents ont échoué.
Pour une raison que j’ai du mal à m’expliquer, jusqu’à l’âge de huit ans j’ai eu une trouille bleue de l’eau, et une peur panique d’apprendre à nager. Arrivée en classe de CE1 je ne savais toujours pas nager, et j’étais la dernière de ma classe en piscine, dans le groupe des "Tortues", alors que tous les autres élèves étaient au moins chez les "Bélugas", qui étaient moins nuls que les "Tortues" mais plus que les "Dauphins". Mes parents (surtout mon père) étaient exaspérés, rien ne fonctionnait : les menaces, les encouragements, les cours, la méthode bourrine "je te balance dans la piscine", la ceinture à flotteurs, la planche, la barre... rien à faire, j’avais trop peur de me noyer.
Pour essayer de me faire me sentir plus à l’aise dans l’eau, ma tante m’emmenait chaque mercredi après-midi à la piscine. Comme c’était un bassin très profond, je ne pouvais pas faire grand chose mais avec une ceinture à flotteurs je pouvais patauger dans le "petit" bassin d’un mètre quarante de profondeur.
En fait, pour me sentir totalement à l’aise, il me fallait l’équipement planche + ceinture à flotteurs + lunettes de plongée. Là ça allait, j’avais la planche au cas où la ceinture n’aurait pas été efficace, la ceinture si la planche était engloutie par un requin, les les lunettes pour voir arriver le requin. Malheureusement, il me manquait constamment les lunettes, que personne ne voulait m’acheter (parce que je ne savais pas nager, donc c’était inutile). Autant vous dire que j’étais bien partie pour stagner dans le petit bassin toute ma vie si je n’avais pas rencontré ce Monsieur à la piscine de Vincennes, qui m’a très gentiment prêté ses lunettes pour que je puisse voir sous l’eau.
Cette année-là une partie des vestiaires de la piscine étaient en travaux, et les douches des femmes étaient devenues mixtes. C’est là qu’on a rencontré Pedobear pour la première fois. Je prenais ma douche avant de rentrer chez moi et j’ai vu une bouteille de shampooing qui avait l’air d’avoir été oubliée. En fait c’était la sienne, et quand ma tante a vu que j’allais embarquer le produit de quelqu’un d’autre, je me suis fait un peu frictionner. Mais Pedobear a été très gentil et lui a dit que ce n’était pas grave, enfin, c’est une enfant c’est ce que je préfère, ne la grondez pas pour ça.
Aux dernières nouvelles, ce type disait s’appeler Marc. Mais au ton qu’il a employé lorsqu’il nous a donné son nom à ma tante et à moi, j’ai su qu’il mentait. D’un autre côté, annonce à une gamine que tu t’appelles Pedobear, t’es sûr et certain de pas conclure.
Marc était assez cool, puisqu’en plus de me prêter ses lunettes, il me portait sur son dos et nageait jusqu’au grand bassin avec moi. Il aimait bien que je me colle contre lui, c’était pas très agréable, mais pour me sentir en sécurité je faisais ce qu’il me demandait, forcément. De fil en aiguille, il était devenu notre rendez-vous du mercredi après-midi, puisqu’il était là à chaque fois que nous venions.
Un jour, je ne sais pas trop ce qui lui a pris, mais nous étions dans le "petit" bassin (profond d’un mètre quarante, je vous rappelle), et il s’est agrippé à moi d’un coup, m’a littéralement plaquée contre le rebord de la piscine en se collant à moi (surtout au niveau des fesses), et en me disant "Ouh lala tu risques de tomber, je vais te retenir !". C’est à ce moment que j’ai compris que Pedobear-Marc entrait dans la catégorie des gens dangereux dont m’avait parlé ma mère lors de la rentrée précedente.
Et comme c’était un gens dangereux, il fallait s’arranger pour qu’il se situe en dehors de mon espace vital, à défaut de s’en débarrasser tout court. Autant vous dire qu’il y avait matière à réflexion.
Dans un premier temps, j’ai bien tenté de le tenir à distance, mais c’était assez peu concluant, le consentement étant une notion très relative chez certains (dont Pedobear faisait partie). Le seul moyen un peu efficace pour qu’il me foute la paix était d’être sous l’eau, ce qui me permettait d’améliorer mon chrono d’apnée mais aussi de réfléchir à un moyen d’arrêter de me faire coller par cet emmerdeur.
Quelques séances plus tard, alors que j’étais en train de réfléchir sous l’eau tout en me tenant à l’échelle de la piscine, j’ai décidé de lâcher prise d’un coup de tête. Forcément, je me suis retrouvée un peu con, sous l’eau, ne sachant théoriquement pas nager et avec le risque imminent de me remplir les poumons de flotte et que Pedobear vienne à ma rescousse me faire du bouche à bouche. Autant vous dire que j’étais pas dans la merde.
Je suis remontée à la surface, et je me suis dit qu’il fallait que je revienne vers le bord assez rapidement avant de me mettre à paniquer pour de bon, et je l’ai rejoint en nage petit-nain sous le regard ébahi de ma tante et des autres nageurs.
Je me souviens assez peu de la suite, hormis que j’ai rejoint le groupe des "Bélugas" dans ma classe, et que mon père m’a ensuite fait prendre des cours particuliers à côté de son travail pour être sûr et certain que j’allais nager pour de bon et passer mon brevet des cent mètres le plus vite possible. Savoir nager c’est bien, mais savoir nager et avoir un diplôme, c’est mieux.
France 2, émission Secrets d’Histoire sur la Tsarine Catherine II de Russie.
Stéphane Bern, le toutou le fidèle ami des têtes couronnées, nous fait visiter en exclusivitié exclusive ce qui fut la chambre de Catherine II. Son lit, sa coiffeuse, ses draps, son samovar, tout y passe.
Le samovar, justement, parlons-en. Vas-y Stéphanou, on t’écoute de toutes nos oreilles.
"Alors là, là c’est merveilleux j’en mouille mon slip, le samovar de la reine, qui permettait de garder l’eau au chaud. Attendez, je m’essuie les mains, j’ai joui. Et donc là, vous pouvez constater que sur le samovar il y a les initiaaaaaaaaales de Catherine II qui sont gravées retenez-moi j’ai de nouveau une érection c’est trop de sensations, là ! Là, par exemple, il y a le C russe, qui entoure le II de ’Catherine II’ et merde j’ai encore tout lâché."
Le "C" russe ?
Y a pas de "C" en russe... Si on veut prononcer le "C" de kangourou, on utilise le К. Si on veut utiliser le "C" de salope, on utilisera alors le С, (qui s’écrit en cyrillique comme un "C", mais se prononce comme un "S").
Le "C" russe, hein.
Heureusement, on a eu droit au gros plan, et là...
Le caractère qui entourait le "II" était un Е.
Le Е de Екатерина (Ekaterina).
Je propose que France 2 paie des cours de russe à Stéphane Bern.
Cette nuit, j’ai rêvé que je créais un groupe Facebook qui s’appelait "Pour sodomiser Grégoire avec une fourchette".
Les réseaux sociaux nuisent à votre santé mentale.
Et Twitter c’est trop de la merde.
En ce moment je me fait un revival sur la Seconde Guerre mondiale. Oui parce qu’au lycée, au moment où on étudiait toute cette partie de l’Histoire contemporaine, moi j’étais occupée à des tas d’autres trucs, comme maudire mon ex meilleure copine, cette sale pute, qui s’était barrée avec mon ex mec. Tiens, d’ailleurs j’ai appris qu’après dix ans d’amûûûûûr ils avaient fini par se séparer, bien fait pour leurs gueules, j’espère qu’ils sont tous les deux profondément dépressifs et alcooliques.
Et donc, la Seconde Guerre mondiale. Dobeulyou dobeulyou two pour les intimes. En fait tout a commencé quand j’ai eu une vision nocturne de mon ex camarade Russe, Natacha. J’ai rêvé qu’elle revenait en France et que je voulais l’emmener partout, et j’étais très heureuse de la revoir. Figurez-vous que Natacha, qui a deux ans de plus que moi, donc 31 ans, a vécu sous Gorbatchev. Et ses parents sous Brejnev, et peut-être même un peu sous Staline. Ces personnages qui nous font tant rigoler aujourd’hui, au point qu’on sort un jeu vidéo qui s’appelle Staline contre les martiens, d’ailleurs ça m’a aussi donné envie de me remettre au russe, ce que j’ai fait.
Haha, Joseph, l’ami des soirées blagues de mauvais goût de la hype, tu veux faire de l’humour décalé, d’accord, mais sans Staline dedans, ça n’aura pas toute sa saveur, sauf si tu arrives à trouver un dictateur qui a fait au moins aussi bien que lui voire pire, et dans ce cas-là, tu peux être certain cher ami que tu lanceras une nouvelle mode, et passé un certain stade ton stock sera épuisé, et là comment feras-tu ? Hein ?
Et puis tu sais ce qu’il a fait Staline ? Oui, il a envoyé des gens au goulag, même Frédéric Lefebvre sait ça, mais dans le détail je veux dire. A part pousser sa femme au suicide.
Sacré CV, la vache. Je l’ai appris en regardant un documentaire sur l’interweb, entre deux refresh de ma page Facebook. Et j’ai bien regretté de ne pas avoir suivi mes cours d’histoire au lycée.
Par exemple, le truc que j’avais un peu laissé de côté, c’était le pacte de non-agression avec son meilleur ennemi Adolf. Je me souviens qu’à l’époque, je m’étais dit "Ouah, trop fort, il leur a tenu tête, quel homme !".
Mon cul. C’est surtout que Staline comme Hitler avaient en fait (attention je spoile), la même idée derrière la tête : envahir le pays de l’autre, lui mettre sa misère et s’étendre partout partout partout, un peu comme un virus qui grignoterait petit à petit les fichiers de ton disque dur. En gros, si Hitler n’avait pas attaqué en prem’s, Staline aurait fini par le faire et aujourd’hui on parlerait tous russe. Et ouais. On en apprend des choses, même à 29 ans.
Et j’aime autant vous dire que vu le niveau de grammaire de nos chères têtes blondes rien qu’en français, si on devait leur apprendre le russe on serait bien dans la merde.
J’ai aussi appris au détour d’un autre documentaire que les nazis s’étaient bien foutu sur la gueule entre eux, discorde orchestrée par Hitler himself, comme ça pendant qu’ils étaient occupés à s’étriper gaiement, et bien ils ne pensaient pas à lui faire son affaire à lui. Et qu’il a pu échapper à une quarantaine de tentatives d’assassinat, tiens il faudra que je vérifie si c’est mieux que Jean-Paul II ou n’importe quel président des États-Unis (c’est la tradition chez eux de se faire abîmer leurs présidents).
Ah, l’Histoire. Je me demande comment on verrait tout ça si les Russes avaient gagné, tiens. Genre on tiendrait des blogs où on parlerait de la guerre en racontant des tas de conneries et personne ne pourrait corriger dans les commentaires "AMHA, Staline n’a pas tué 15 millions de personne mais 15.2, tu es une pourriture crypto-révisionniste, crève charogne !".
Ah tiens, exactement comme ici. C’est fou.
En ces temps de crise, il est important de savoir se placer et s’affirmer dans la société. Ça tombe bien, en ce moment, c’est la mode, entre l’identité nationale où tu t’affirmes Auvergnat et l’identité féminine où tu t’affiches place du Châtelet avec un enfant pendu à chaque sein pour montrer que tu es fière de ta maternitude [7]. D’ailleurs, cette espèce de communautarisme, je sais pas vous mais moi je trouve que ça plombe un peu l’ambiance, et rien de tel qu’une mauvaise ambiance pour me mettre de bonne humeur.
Après de longues années de remise en question de moi-même, j’ai eu envie à mon tour d’affirmer ma personnalité unique dans ce monde de stéréotypes et la première étape de ce coming-out identitaire fut de me procurer un nouveau téléphone portable.
Carrément. On fait pas dans la demi-mesure ici, on est des vrais.
Et pas n’importe quel modèle, s’il-vous-plaît. L’iPhone c’est tellement surfait, tous les jours je croise des dizaines de losers de banlieusards qui chérissent leur smartphone plus que la progéniture qu’ils n’ont pas encore (grand bien nous fasse). Mon choix s’est donc tourné vers un BlackBerry Curve 8520. Déjà parce qu’avoir un BlackBerry, ça chie la classe tellement ça fait pro, mais surtout parce qu’il coûtait vingt euros en renouvellement et que le modèle que je convoitais au départ en coûtait 220 de plus. Et faut pas déconner, j’ai autre chose à foutre de mon pognon quand même. Mais bon, je ne regrette absolument pas, depuis je me sens comme une révolutionnaire de la technologie, une pionnière du web 3.0, une Übermensch de la communication. Les ondes y sont peut-être pour quelque chose.
Oui, j’avoue, après cinq longues années à parcourir l’Île-de-France équipée de mon fidèle Nokia modèle 1998, je me sens d’un coup comme une geekette.
Mais si, enfin :
Geek / Geekette : la IT-appellation de la fashion victim parisienne so 2000’s.
(Fashion victim à qui je rappelle que le sens premier de "geek" est, selon Monsieur Harrap’s :
Geek [giːk] n F crétin -ine, débile mf
. C’est très actuel, en effet.)
C’est tellement à la mode qu’il y a même des soirées "geekettes" organisées à Paris pour les IT-trendy-fashionistas [8]. Enfin au sens vraiment large du terme, parce que j’ai encore jamais entendu dire que dans les soirées ou salons pour geeks mâles on essayait de leur refourguer de l’électroménager [9].
Il y a quelques années de ça, j’ai fait ce test qui était à l’époque très à la mode pour crier son absence de vie sociale sur les toits. J’ai eu un score assez minable [10] d’ailleurs, à mon grand désespoir (il faut dire que la science fiction ça me gonfle et le klingon je m’en cogne un peu). Mais il y a un marché, c’est la mode, un peu comme le Wonderbra dans les années 90. C’est donc un prétexte en or pour voir fleurir tout un tas de blogs sur les sites des différents journaux en ligne, tenus par des pigistes convaincus qu’ils sont à la pointe de la geek-attitude alors que le contenu de leurs blogs nous font pleurer de rire moi et mes 17,42424% d’humiliation à ce stupide test.
En fait, tout est devenu prétexte à s’appeler/se faire appeler geek : avoir un iPod, un MacBook, une DS ou toute autre console de jeu, avoir un ordinateur quelconque et y avoir installé un agrégateur de flux RSS, lire ou regarder des mangas...
Le meilleur exemple que j’ai trouvé pour montrer à quel point le terme et la tendance geek ont été édulcorés, c’est ce blog hébergé chez l’Express.
Alors pour illustrer la geekitude, on va mettre un iPhone et on va parler des applications qu’on trouve dans le catalogue iTunes en se donnant la peine de chercher cinq minutes et demi. On va aussi parler de Twitter et de Facebook, parce que c’est bien connu, Linus Torvalds passe sa vie sur les réseaux sociaux. Une petite bannière style manga plus un peu de pixel art, et ça y est on a montré patte blanche à la grande communauté geek.
Et pour illustrer la girlytude, on va mettre du rose et parler de fringues. C’est bien ça fait pas cliché du tout.
C’est pas pour être méchante, mais y a rien là-dedans. A la limite ça pourrait vaguement être un blog sponsorisé Apple.
Je dois être foutrement intolérante (c’est même fort probable), mais j’ai du mal à saisir ce besoin de se catégoriser "geek" alors qu’on sait à peine allumer un ordi, "ronde" alors qu’on fait une taille 40, "dans la dèche" avec un salaire qui permet de largement d’assurer le quotidien. Sauf si on veut perdre toute crédibilité, bien entendu. Je les trouve très fortes à ce jeu, les geekettes fashion-victims.
Autant dire que ces derniers jours j’en ai lu un paquet de blogs de "geekettes" qui vont bien égayer mes soirées bitching. Surtout quand l’une d’entre elles déclare qu’"une geekette pleure quand son ordi est en panne". Je suis loin de me considérer comme membre de la grande caste G33k, mais personnellement, lorsque mon ordi est en panne, moi je le répare, je trouve ça plus productif.
Et puis d’abord, tout le monde sait que le geek c’est older than internet, la nouvelle mode maintenant, c’est la pornstache.
La scène se déroule un vendredi matin aux alentours de sept heures. Gervaise Macquart (Moi-Même) et Groucho Marx (l’homme qui cohabite dans mon lit et partage mes impôts) sont assis dans l’un des wagons d’un métro dont la ligne fut prolongée jusqu’en banlieue il y a quelques années de cela.
Gervaise et Groucho, sans pour autant faire partie de ce que l’on appelle communément "La Haute" ne se situent pas pour autant tout en bas de l’échelle sociale. Ils sont ce que l’on appelle une "classe moyenne".
Les classes moyennes (avant on disait ’la’, maintenant on dit ’les’ parce qu’il faut qu’on repompe tout sur les anglo-saxons) sont des sujets d’études sur lesquels les chercheurs sont intarissables, une sorte de... comment dire... de classe bâtarde, ni riches, ni pauvres, avec un niveau d’études assez élevé sans pour autant finir pour de vrai chez les intellos purs et durs, gagnant leur vie sans pour autant pouvoir tout acheter comptant. Les préoccupations des millions de Gervaise et de Groucho c’est surtout de garder leur boulot, faire des mômes parce que les enfants c’est le sel de la vie, pouvoir acheter leur maison et aller au travail sans se faire emmerder par des couillons de communisto-grévistes.
Oui, c’est très chiant, c’est en mouvement perpétuel sans pour autant vraiment se transformer et on peut en sortir des kilomètres de bouquins par an, c’est ce que font certains, dont, sans doute, notre ami Hugues-Aubin Cruchon de la Soufrière.
Sacré Hugues-Aubin. Complètement déconnecté de la réalité des pauvres classes moyennes. C’en était presque attendrissant. La neige et le verglas ont sans doute eu raison de sa motivation à prendre sa voiture pour se rendre à la Haute Académie de la Recherche Approfondie et des Sciences Supérieures de l’Humain Vivant, il a donc fait comme environ 99,8% des banlieusards qui avaient peur d’abîmer leur sacro-sainte voiture : il s’est rabattu sur le métro.
"Marie-Prudence, j’ai pris une grande décision, ce matin j’irais à la Haute Académie de la Recherche Approfondie et des Sciences Supérieures de l’Humain Vivant en transports.
- Mais, Hugues-Aubin, vous n’allez pas vous mélanger à la piétaille ! Ils vont vous malmener, enfin !
- Diantre, Marie-Prudence, que n’êtes-vous influençable ! Ce n’est point ce que l’on dit à la télévision, la banlieue ! Ce n’est pas la guerre civile ! Ce sont des gens comme vous et moi (enfin presque), je le sais car je les étudie tous les jours à la Haute Académie de la Recherche Approfondie et des Sciences Supérieures de l’Humain Vivant.
- Si vous le dites, Hugues-Aubin. Mais alors, si vous devez vous mélanger aux prolétaires, il vous faut prendre un livre de la bibliothèque municipale !
- Peste soit de la bibliothèque municipale, j’ai lu l’intégralité de ses publications, je vais plutôt relire mon livre de chevet favori : l’Odyssée d’Homère en édition de la Pléiade.
- Je vous reconnais bien là, Hugues-Aubin ! Un livre idéal pour vous fondre dans la masse des jeunes zyvas à casquette ! Oh, n’oubliez pas vos gants et de vous habiller chaudement, ils n’auront sans doute pas mis assez de charbon dans la locomotive.
- Marie-Prudence, enfin...
- Okay, okay, j’arrête de me moquer."
Et voilà donc notre Hugues-Aubin en route vers la Haute Académie de la Recherche Approfondie et des Sciences Supérieures de l’Humain Vivant, ses gants en cuir et sa sacoche bien en main.
Le froid, comme je l’ai dit plus haut, a poussé les franciliens non-pilotes sur glace à se réfugier dans les transports en commun, étant bien connu que plus on est entassé, plus on se tient chaud. Malheureusement à sept heures du matin, il n’y a pas encore assez de monde, juste assez pour être assis confortablement sans se faire emmerder par onze millions de personnes. Ouf, Hugues-Aubin arrivera à la Haute Académie de la Recherche Approfondie et des Sciences Supérieures de l’Humain Vivant sans encombre, et pas chahuté par un jeune zyva à casquette, car ils dorment encore du sommeil du juste à cette heure matinale. Il s’installe à côté d’un couple de jeunes actifs et sort son exemplaire de l’Odyssée.
La jeune femme, Gervaise, le regarde avec des yeux ronds. Non pas qu’elle n’en eut jamais vu d’aussi énorme (livre), mais surtout, elle a l’air de ne pas comprendre qu’on puisse trimballer un livre à soixante-dix euros l’unité dans les transports en commun. D’autant plus, pour les ultra-pauvres et les ultra-incultes qui tomberont ici (il y en a, il y en a un certain nombre) que le papier utilisé pour les éditions de la Pléiade est l’équivalent du papier Bible : très fin, très fragile.
Mais Hugues-Aubin n’en a cure, s’il se déchire, il le laissera à disposition des autres voyageurs, comme les font les prolétaires avec leurs journaux gratuits. Il paraît même que c’est une mode.
Plongé dans ses saines lectures, Hugues-Aubin semble se faire sans trop de mal à la vie du commun des mortels. C’était sans compter sur cette musique assourdissante qui vint lui briser les tympans, sortie tout droit du haut-parleur d’un téléphone portable, lui-même entre les mains d’une kleptomane roumaine jeune désoeuvrée, fière d’emmerder le monde, bien entendu.
De la musique électronique bon marché, ce n’est pas ce qu’Hugues-Aubin a l’habitude d’écouter. Loin de lui la violence du tchacktchackboum, rien de tel pour accompagner une bonne lecture qu’un peu de Chopin. C’est vous dire si la musique de cette petite racaille l’irritait.
Les chercheurs vous le diraient, rien ne vaut le terrain. Hugues-Aubin, bien que perdant 10% d’audition à chaque minute qui passe, n’intervient pas, mais observe. Que font les pékins lambda quand une kleptomane roumaine jeune désoeuvrée emmerde le monde avec sa musique à chier ?
" Oh, s’il-vous-plaît, c’est obligatoire la musique, là ? "
C’est Gervaise qui a craqué en premier. Elle se retourne, croise le regard d’Hugues-Aubain, et là, l’incroyable se produit :
"Non, mais elle est complètement sourde."
L’interaction.
La consécration.
L’intégration.
Hugues-Aubin a parlé à un être de catégorie socioprofessionnelle inférieure. Il faut absolument qu’il rédige une thèse d’État sur cette expérience hors-norme. Le monde doit savoir.
J’espère juste pour lui qu’il ne s’est pas perdu en sortant du métro.
Ouais parfaitement. On me la fait pas à moi. Surtout pas la SNCF.
Figurez-vous qu’en mars dernier, j’ai décidé comme ça toc toc badaboum de me payer une petite pause en Normandie, terre de mes racines. Vous me demanderez comment on lit l’avenir chez les marabouts Normands. Fastoche, dans le calva qu’on a mis dans notre café. Ça marche super bien.
Et donc, au retour de ce délicieux week-end, la catastrophe. Le chaos. L’anarchie.
Le retard du train. Quasiment trois heures.
Bien entendu, après avoir maudit les ouvriers responsables de ce retard un par un et sur plusieurs générations, nous sommes repartis et arrivés sains et saufs, avec la garantie que nous serions dédommagés pour notre peine accompagnée des plus plates excuses que j’ai jamais reçues.
C’est donc sereinement que j’ai rempli le formulaire fourni par les agents de la SNCF, que j’ai vite renvoyé accompagné des justificatifs. Tout ceci le 7 mars dernier, et j’ai reçu une réponse à ma demande hier.
"Chère Madame,
Tu nous a demandé qu’on te rembourse parce que ton train était retard, mais tu mythonnes grave, enfin t’étais peut-être retard, mais de moins de 30 minutes, et en dessous de 30 minutes de retard on rembourse pas, donc va chier dans ta caisse.
Cordialement bisou,
Monsieur Seuneuceufeu"
Ha.
L’affront !
Je ne pouvais pas laisser passer un truc pareil. C’était ça ou sacrifier ses enfants, j’ai donc écrit une lettre virulente à Monsieur Seuneuceufeu, et ne résiste pas à l’envie de vous la faire partager.
Vous m’excuserez c’est un peu long.

Bon, déjà que j’ai pas eu mon DVD chez ces branleurs de Télé Poche, y a intérêt qu’ils me remboursent mon billet de train.
Prochain défi : la lettre de réclamation en alexandrins. Trop facile.
Quand vous travaillez dans l’administration , le premier truc que vous apprenez, c’est à parler gentiment à vos collègues. Toc toc, bonjour Madame/Monsieur, comment allez-vous, vous avez bonne mine dites donc, et la famille, les vacances c’est pour bientôt, ah oui je vois que vous êtes surchargé(e) anéfé justement je venais en rajouter une couche hahaha, mais prenez votre temps, je vous en prie, merci bien bisou et bon week-end prolongé à jeudi prochain ah vous êtes fermé bon ben j’essaierai de passer avant.
Si d’aventure vous étiez mal perçu par un quelconque membre d’un quelconque service administratif, je vous souhaite bon courage, sauf à connaître personnellement son supérieur hiérarchique qui pourra potentiellement venir avec vous dans le service incriminé afin de déballer le matos, genre "Wesh on est du même ghetto alors r. e. s. p. e. c. t.", mais bon, c’est tellement mieux de ne pas en avoir à passer par de telles extrémités, n’est-ce pas.
Voilà pourquoi, lorsque j’ai envoyé cette somptueuse lettre de réclamation à la SNCF, je l’ai fait avec le sourire dans les mots. J’ai également pris soin de pulvériser des phéromones de strip-teaseuse sur l’enveloppe afin que l’emprise soit totale.
Et ben devinez quoi.

Monsieur.
J’ai tellement la classe, je mérite tellement le respect ultime qu’on m’appelle Monsieur.
Vous savez qui on appelle "Monsieur" dans le milieu ? Rocco Siffredi. Et ouais, et ouais.
Alors à partir de maintenant, respect, bande de biatch.
Un mariage sur deux finit en divorce.
C’est déprimant, hein. Surtout quand on vous bourre la tronche depuis tout petit avec des histoires de "Prince Charmant", d’"Âme Sœur" et autres niaiseries d’amour pour la vie.
Moi, franchement, l’amour pour la vie, j’y crois pas. Mes parents ont divorcé, mes grand-parents ont divorcé, alors bon, ces conneries d’histoires d’Amour Éternel et Sans Divorce, vous imaginez bien que c’est comme le Père Noël, j’y ai cru jusqu’à mes cinq ans. Oui, je suis une terrible rabat-joie, une nihiliste, et il m’arrive de me réjouir du malheur des autres comme une belle garce. Mais soyons clairs, ça ne m’empêche absolument pas d’être très heureuse pour les jeunes mariés et de leur souhaiter que leur histoire d’amour fasse partie des autres 50%, ceux des mariages qui fonctionnent parce que ça ne se fait pas de divorcer.
N’empêche, c’est un sacré saut dans l’inconnu, le mariage.
C’est vrai, comment on fait pour savoir si ça marchera après le passage devant Monsieur le Maire ? Y a des gens pour qui ça roulait nickel avant, et un an, deux ans plus tard, pouf, tout se casse la gueule. On découvre de nouvelles facettes de la personnalité de son Autre, on déchante, et le couple ne s’en remet jamais.
Ce qu’il faudrait en fait, c’est une sorte de test pré-nuptial. Un peu comme l’ancien certificat pré-nuptial, un truc qui permette non pas de savoir si son/sa future a pécho des chlamidiae lors de sa soirée d’enterrement de vie de célibataire qu’il/elle risque de vous refiler, mais plutôt de savoir si on a le même but dans la vie, à terme, comme par exemple un labrador, un pavillon en banlieue et deux enfants qui s’appelleront Kilian et Louane.
C’est là que j’entre en scène. Tadam.
Eeeet ouais, parce que moi, j’ai trouvé un test infaillible. Et comme je suis bonne pâte, je vais vous faire profiter de mon secret.
C’est très simple. Il vous suffit d’organiser un dîner en amoureux, et d’y emmener votre potentiel(le) futur(e). Mais attention, ce dîner ne doit pas être organisé n’importe où. Tout, je dis bien tout , doit se passer à Paris, métro Odéon (lignes 4 et 10 pour les paysans provinciaux qui me lisent).
Déjà parce que ce quartier est très chouette, mais aussi parce que l’Oracle se trouve pile à la sortie du métro.
Imaginez : vous voilà donc arrivés avec votre moitié à Odéon, vous sortez du métro.
Messieurs, voici ce qu’il faut faire : attrapez votre Douce et Tendre par les épaules, embrassez-la fougueusement, et dites-lui ces quelques mots "Manamour, tu sais que je t’aime, mais avant d’aller plus loin avec toi, j’ai besoin d’être sûr et certain que nous sommes fait l’un pour l’autre, et que nous ne finirons pas dans un reportage de Confessions Intimes sur les couples en crise ou à l’Île de la Tentation d’ici un an ou deux.", puis faites-lui regarder cette vitrine :

Votre moitié a neuf chances sur dix de se précipiter sur la vitrine en poussant des cris suraigus parmi lesquels vous distinguerez des mots tels que "tromignon", "j’adoooooooore", "Hélokiti" ou encore "Agaaaaaaaad !".
Et là, c’est à vous de voir. Êtes-vous prêt à passer les soixante prochaines années aux côtés d’une personne qui aura ce genre de réactions à proximité :
d’une peluche Hello Kitty,
d’un bébé chat,
d’un bébé chien,
d’un bébé panda,
d’un bébé ours,
d’un bébé lion,
d’un bébé tigre,
d’un bébé,
et surtout, sachant qu’à terme vous serez mis à contribution pour la fabrication dudit bébé (et des suivants) dont elle vous rebattra les oreilles environ une heure après votre "Oui" devant Monsieur le Maire ?
HA.
Le doute, hein ? Vous voyez, grâce à ce test, vous saurez où vous en êtes avec Mademoiselle. Ne me remerciez pas.
Quant à vous, Mesdemoiselles, voici ce qu’il faut faire une fois arrivées à Odéon avec vos moitiés : sortez du métro et précipitez-vous en hurlant vers cette vitrine :

(Vous ferez attention en traversant, les bus et les taxis arrivent vite.)
Tenez ensuite un discours contenant les mots "mignon", "bébé","chaton", "mariage", "250 invités", "bonheur","bébé", "Killian", "Louanne", "bébé", "mes parents, et surtout ma mère", "pavillon", "bébé", "lune de miel", "ma meilleure copine", "bébé", "shopping avec ta carte bleue", "pour la viiiiiiie", "bébé", et analysez sa réaction.
Maintenant, débriefons rapidement : seriez-vous prête à passer les soixante prochaines années avec un mec qui :
râlera quand vous vous arrêterez dans un magasin pour regarder les peluches Hello Kitty,
râlera quand il faudra s’impliquer un peu dans l’organisation du mariage,
râlera quand il faudra aller manger le dimanche chez vos parents,
râlera quand vous lui parlerez de votre horloge biologique qui tourne alors que lui dit qu’il n’est pas prêt,
râlera lorsque vous lui direz que le bébé est une fille alors qu’il aurait au moins voulu un héritier mâle, bordel c’est quand même pas trop demander de pouvoir transmettre le nom de la famille, espèce d’incapable,
râlera quand vous lui suggèrerez "Louane" comme prénom, alors qu’il aurait préféré "Louanne",
et qu’il se mettra à ronfler passés quarante ans ?
(Oui, j’ai fait l’impasse sur les tâches ménagères, ça on sait toutes que de toutes façons c’est un combat perdu d’avance, hein.)
Et oui, ce qu’on vous dit après, une fois que vous avez signé, payé, déménagé et que vous êtes coincé avec votre Autre, c’est que la vie de couple, c’est surtout des concessions ("Comment, tu n’étais pas au courant ma Chérie ?"). Il y a des gens qui sont prêts à les faire, et d’autres non.
Et pour en être certain, il y a la Vitrine Hello Kitty. Gratuite, disponible 24/24h, et qui pourra vous faire gagner un temps précieux sans compter les économies. N’hésitez pas à m’envoyer un chèque d’ailleurs, en ce moment je me ruine en crème anti-rides sur Ebay, Nuxe fait de très bons produits mais la vache, ça douille.